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#Dossier Peut-on encore avoir une vie privée à l’ère du numérique ?

Découvrez quel est le fonctionnement économique du web et ses conséquences sur notre vie privée.

La vie privée, le droit au secret, voilà des notions de plus en plus remises en question depuis l’avènement d’Internet, et des réseaux sociaux notamment. Entre la publicité ciblée, et la surveillance de masse, nos espaces de vie privée se restreignent chaque jour un peu plus.

Fichage à des fins commerciales ou politiques, nombreuses sont les bases de données qui regroupent des milliers ou des millions d’utilisateurs partout dans le monde, selon leurs goûts, leur orientation politique, leur statut social/professionnel, etc. Et même si la loi encadre de plus en plus ces pratiques : comme la loi RGPD (Réglement général sur la protection des données, entré en vigueur en mai 2018), les usages ont la vie dure, et le respect de la vie privée semble être un argument marketing plus qu’une réelle préoccupation pour bon nombre d’acteurs du numérique.

Je vais essayer dans cette tribune de vous expliquer le fonctionnement économique du web et ses conséquences sur notre vie privée. De nombreux points ne seront pas développés, ni argumentés. Ce sujet est bien vaste et touche à toutes les sphères de notre société. Nous en explorerons une infime partie. Je vous inviterai à aller plus loin via des articles connexes cités plus bas, qui sauront appuyer et argumenter mon propos.

Le web comment ça marche ?

Il est une notion qu’il faut bien comprendre avec Internet, c’est que la plupart des services que vous utilisez sont gratuits ou presque. Prenons Alphabet (Holding de Google) : 136 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2018, pourtant vous ne leur avez jamais donné 1 centime... Facebook, 55 milliards de dollars en 2018, même chose.

Dans l’imaginaire commun ces acteurs gagnent de l’argent grâce à la publicité et nos données personnelles, mais comment tout ceci fonctionne réellement peu de gens le comprennent. Si je demandais à ma mère de vous expliquer la publicité ciblée, elle vous dirait j’ai fait une recherche dans Google et depuis je suis submergée par des publicités qui ne parlent que de ça. Et ça s’arrête là. Mais l’historique de vos recherches n’est que la face cachée de l’iceberg, les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) ne vont pas se contenter de ce critère pour vous afficher une publicité mais vont en utiliser une multitude :

  • Votre localisation, vos déplacements, savoir ou vous vivez, quels lieux vous fréquentez.
  • Votre correspondance, emails, messagerie instantanée, SMS, liste des appels. NB : bien souvent les GAFAM se contentent de récolter les métadonnées liées à votre correspondance (avec qui vous parlez, à quelle fréquence, depuis quel endroit, pendant combien de temps) plutôt que la donnée elle-même (le contenu de vos messages/appels).
  • Votre historique de recherches mais aussi de navigation, grâce à un outil de mesure d’audience (Google Analytics ou Facebook tag manager, etc.) il est facile pour les GAFAM de connaître les sites que vous visitez, j’ajoute aussi l’historique de vos vidéos visionnées.
  • La liste de vos contacts, relations professionnelles, amicales, familiales, etc.
  • Vos habitudes, vos heures de connexion, la fréquence de ces connexions.
  • Vos informations personnelles données délibérément : age, sexe, adresse.
  • Vos goûts et préférences : les like, les commentaires, les avis que vous avez laissés au fil des années sur différents services en disent long sur vous, êtes-vous impulsif ou contemplatif, de droite ou de gauche, hétéro ou homo, religieux ou athée, etc.

Prenez 2 minutes, fermez les yeux et imaginez-vous dans la base de données de Facebook par exemple. Relisez la liste plus haut, ensuite dites vous que vous possédez ces informations pour 2,3 milliards d’utilisateurs dans le monde… Voilà qui a de quoi donner le vertige non ? Ces données vous les partagez au quotidien quand vous utilisez un smartphone notamment. C’est un accord que vous passez avec les GAFAM à chaque fois que vous cliquez sur « j’ai lu et j’accepte les conditions d’utilisation ». Vous utilisez un service gratuit en contrepartie vous donnez vos informations personnelles…

► Relire notre article : Les conditions d'utilisation d'Instagram expliquées à un enfant de 8 ans

Résumons : Pour gagner de l’argent les GAFAM ont besoin de nos informations personnelles, c’est leur modèle économique, plus vous donnez d’informations, plus les publicités seront pertinentes, et plus vous serez susceptibles de cliquer sur une publicité.

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La loi dans tout ça

Depuis le 25 mai 2018, le Règlement Général pour la Protection des Données personnelles (RGPD) est entré en application dans toute l’Europe. Ce texte qui consolide les droits des citoyens et renforce les obligations des entreprises en matière de données personnelles. En France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) est chargée d’appliquer ce texte ambitieux. Après 6 mois d’application, les résultats sont mitigés, la CNIL se réjouit du nombre de violations recensées. Plus 1000 en 6 mois, mais les condamnations sont peu nombreuses pour le moment. Un exemple : Google a été condamné a payé 50 millions d’amende par la CNIL. Quand on connaît le chiffre d’affaires de la société, cette somme peut sembler bien faible. Et au regard de certains cette loi ne semble pas du tout appliquée. D’après une étude seul 1% des sites web sur 400 000 interrogés en France respecteraient ce texte. On peut néanmoins espérer que dans les années à venir d’autres condamnations voient le jour, et que les entreprises respectent mieux ce texte, mais la route semble encore bien longue.

La surveillance étatique

Les services de renseignements ne sont pas nouveaux, ils ont toujours existé. Savoir ce que la population fait, ce qu’un groupe d’individus prépare a toujours été la préoccupation de tous les gouvernements, peu importe la forme de gouvernement et l’époque. Si votre mission c’est la surveillance d’un individu, d’un groupe d’individus ou d’une population entière, pourquoi ne pas se servir là où sont les données ? La Stasi en a rêvé, les GAFAM l’ont rendu possible. La surveillance de masse n’est plus un mythe, et les révélations faites en 2012 par Edward Snowden le confirment.

Les services de renseignements américains sont certainement à l’avant-garde des protocoles de surveillance de masse, mais de nombreux autres gouvernements ont suivi, même si nous avons peu de données techniques sur ce sujet, nous savons que le web chinois est sous surveillance, que plusieurs pays du Moyen-Orient ont utilisé des techniques de surveillance afin de traquer des opposants politiques. Et les démocraties occidentales n’en sont pas exemptes. Le gouvernement français a depuis 2017 installé des boites noires chez les FAI. A cette époque M. Bernard Cazeneuve alors ministre de l’Intérieur avait prononcé ces mots à l’assemble nationale : « Il n’y a aucune disposition dans ce texte de loi qui soit attentatoire aux libertés, qui remette en cause la liberté d’aller et venir, qui remette en cause les libertés individuelles ou collectives [...] en revanche il y a des dispositions qui peuvent être considérées comme remettant en cause la vie privée, et le droit à la vie privée ».

► Relire notre article : Internet sous surveillance

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Qui sont les responsables ?

Ainsi les GAFAM nous fournissent des services gratuits en échange de nos données personnelles, et les gouvernements utilisent ces données à des fins de surveillance de leur population. Peut-on réellement les blâmer ? Dans tous les cas nous avons donné notre consentement soit par notre silence soit par notre paresse.

« J’ai jamais lu des conditions d’utilisations c’est trop long »

« La surveillance de masse je m’en moque moi j’ai rien à cacher »

Combien de fois nous avons entendu ces mots autour de nous ? C’est bien nous, en tant que citoyen, qui n’avons pas ou peu réagi et avons laissé cette surveillance économique et étatique s’installer. Certains me diront que nous ne sommes en rien responsables, et que nous n’avons pas été prévenus. Mais « La démocratie n’est pas un sport de salon, nous devons être actif et participer de manière continue au processus démocratique si nous souhaitons conserver nos droits et nos libertés. »

Comment repenser les fondements du web ?

La réponse est simple : nous devons utiliser des alternatives libres et être prêts à payer ou faire un don pour un service. Ces alternatives existent et voient le jour quotidiennement. Ci-dessous une courte sélection :

  • Framasoft : Framasoft est un réseau d'éducation populaire consacré principalement au logiciel libre, il s'organise en trois axes sur un mode collaboratif : promotion, diffusion et développement de logiciels libres, enrichissement de la culture libre et offre de services libres en ligne.
  • Linux : Linux est un système d'exploitation complet et libre, qui peut être utilisé en lieu et place de systèmes d'exploitation commercialisés, tels que Windows, de Microsoft. Il est accompagné de nombreux logiciels libres complémentaires, offrant un système complet aux utilisateurs.
  • Libre office : LibreOffice (parfois abrégé en LibO ou LO) est une suite bureautique libre et gratuite, dérivée du projet OpenOffice.org, créée et gérée par The Document Foundation.
  • Firefox : Mozilla Firefox est un navigateur web libre et gratuit, développé et distribué par la Mozilla Foundation, avec l'aide de milliers de bénévoles, grâce aux méthodes de développement du logiciel libre/open source et à la liberté du code source.
  • Signal : Signal est une application open source disponible sur Android et iOS permettant de communiquer de façon chiffrée.

Mais il faut des ressources pour développer ces service alternatifs, et si nous ne sommes pas prêts à payer pour utiliser une boîte mail, un réseau social, une application mobile, le modèle dominant restera celui-ci : « Si c’est gratuit c’est que vous êtes le produit ».

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Conclusion

La vie privée se meurt chaque jour un peu plus à cause de l’ignorance et la non action des citoyens, et parce que les GAFAM se gardent bien de nous proposer des alternatives aux pistages de nos données. L’espoir réside dans un changement radical d’utilisation des services web. Si une majorité de citoyens se mobilisent, migrent vers du logiciel libre, et soutiennent ces services financièrement nous pourrions conserver ce droit fondamental qu’est la vie privée. Mais cet espoir semble bien mince, et la direction que nous prenons pourrait reléguer le livre 1984 de Georges Orwell vers le rayon culture contemporaine plutôt que science fiction...

Sources par section :

Le web comment ça marche ? :

La loi dans tout ça : 

La surveillance étatique :

Lexique

Pour savoir de quoi on parle!

Navigateur : Un navigateur Internet est un logiciel informatique qui permet à un utilisateur d'accéder à l'Internet. Les plus connus sont Internet Explorer (Edge), Safari, Firefox, Chrome.

FAI : Fournisseur d'Accès Internet est un organisme (généralement une entreprise mais parfois aussi une association) offrant une connexion à Internet, sur le réseau informatique mondial. Exemple FAI français : Orange, Free, SFR ...

Snowden : Edward Snowden est un est un informaticien américain, ancien employé de la Central Intelligence Agency (CIA) et de la National Security Agency (NSA) qui a révélé les détails de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques.

Android : Android est le système d'exploitation mobile crée par Google. Il équipe la majorité des téléphones portables du moment (smartphones). ... Android équipe également les tablettes tactiles. il est réputé pour être plus libre et ouvert que iOs, le système qui équipe l'iPad d'Apple.

IOS : anciennement iPhone OS, est le système d'exploitation mobile développé par Apple pour plusieurs de ses appareils notamment pour l'iPad, et l'iPhone.